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Les voitures que nous avions emmenées avec nous étaient,
quoiqu'en pleine campagne, entraînées dans tous les sens,
et l'on ne pouvait, même avec des pierres, les maintenir à
leur place. La mer semblait refoulée sur elle-même,
et comme chassée du rivage par l'ébranlement de la terre.
Ce qu'il y a de certain, c'est que le rivage était agrandi,
et que de nombreuses créatures marines étaient restées à sec sur le sable.
De l'autre côté, une nuée noire et horrible, déchirée par des tourbillons de feu,
laissait échapper de ses flancs entr'ouverts de longues traînées de flammes,
semblables à d'énormes éclairs.
Alors, l'ami dont j'ai parlé revint plus vivement encore à la charge :
" Si votre frère, si votre oncle est vivant, nous dit-il,
il veut sans doute que vous vous sauviez ; et s'il est mort,
il a voulu que vous lui surviviez. Qu'attendez-vous donc pour partir ?"
Nous lui répondîmes que nous ne pourrions songer à notre sûreté,
tant que nous serions incertains de son sort.
A ces mots, il s'élance, et cherche son salut dans une fuite précipitée.
Presqu'aussitôt après, la nue s'abaisse sur la terre et couvre les flots.
Elle dérobait à nos yeux l'île de CaprÈe, qu'elle enveloppait,
et nous cachait la vue du promontoire de Misène.
Ma mère me conjure, me presse, m'ordonne de me sauver, de quelque manière que ce soit.
Elle me dit que la fuite est facile à mon âge ; que pour elle,
affaiblie et appesantie par les années, elle mourrait contente,
si elle n'était pas cause de ma mort.
Je lui déclare qu'il n'y a de salut pour moi qu'avec elle.
Je lui prends la main, je la force é doubler le pas.
Elle m'obéÔt à regret, et s'accuse de ralentir ma marche.
La cendre commençait à tomber sur nous, quoiqu'en petite quantité.
Je tourne la tête, et j'aperçois derrière nous une épaisse fumée qui nous suit
en se répandant sur la terre comme un torrent.
Pendant que nous voyons encore, quittons le grand chemin, dis-je à ma mère,
de peur d'être écrasés dans les ténèbres par la foule qui se presse sur nos pas.
A peine nous étions-nous arrêtés, que les ténèbres s'épaissirent encore.
Ce n'était pas seulement une nuit sombre et chargée de nuages,
mais l'obscurité d'une chambre où toutes les lumières seraient éteintes.
On n'entendait que les gémissements des femmes, les plaintes des enfants,
les cris des hommes.
Enfin, cette noire vapeur se dissipa, comme une fumée ou comme un nuage. Bientôt après, nous revîmes le jour et même le soleil, mais aussi blafard qu'il apparaît dans une éclipse. Tout se montrait changé à nos yeux troublés encore. Des monceaux de cendres couvraient tous les objets, comme d'un manteau de neige. Nous retournâmes à Misène. Chacun s'y rétablit de son mieux, et nous y passâmes une nuit entre la crainte et l'espérance. Mais la crainte l'emportait toujours, car le tremblement de terre continuait. La plupart, égarés par de terribles prédictions, aggravaient leurs infortunes et celles d'autrui. Cependant, malgré nos périls passés et nos périls futurs, il ne nous vint pas la pensée de nous éloigner, avant d'avoir appris des nouvelles de mon oncle. Vous lirez ces détails ; mais vous ne les ferez point entrer dans votre ouvrage. Ils ne sont nullement dignes de l'histoire ; et, si vous ne les trouvez pas même convenables dans une lettre, ne vous en prenez qu'à vous seul qui les avez exigés. Adieu. |
Lettre de Pline le Jeune, texte du Projet Pompei
Images des victimes de Pompei, photos
prises en 1992 par Werner Keller.
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l'impact d'un volcan sur la vie humaine, continuez ici ...